Golf et ASAF en Gironde

LE GOLF: POURVOYEUR D'ANGOISSE

Le golf est un sport plus dur qu’il n’y paraît, souvent très épuisant, l’un des plus grands pourvoyeurs d’angoisse. Le stress irrigue jusqu’aux veines des champions souvent considérés à tort comme des pères tranquilles à cause du rythme apparemment paisible des parties.

Le 11 octobre, dans les colonnes de L’Equipe, Jacques Crevoisier, docteur en psychologie, consultant auprès de clubs de football français et étrangers et très proche de Gérard Houllier, évoquait en ces termes le possible recrutement par Laurent Blanc d’un préparateur mental auprès des Bleus et les qualités que devait avoir le candidat:

«Il faut connaître la psychologie spécifique à un sport, corrélée à la culture de ce sport. Par exemple, la spécificité anxiogène du golf est telle que quelqu’un qui viendrait de l’extérieur se planterait à tout coup. Le stress du footballeur, c’est du pipi de chat à côté de celui du golfeur.»

Isabelle Inchauspé, également docteur en psychologie, qui conseille les golfeurs français Gwladys Nocera et Grégory Bourdy, n’est pas d’accord avec le diagnostic porté par Jacques Crevoisier:

«C’est vrai qu’il y a une grosse différence entre un sport collectif, où il est possible de se reposer sur les autres, et un sport individuel où vous êtes seul maître de votre destin, remarque-t-elle. Mais comment dire qu’un footballeur qui doit tirer un penalty pour envoyer son équipe en finale de Coupe du monde serait moins stressé qu’un golfeur puttant pour un succès en Grand Chelem?»

4h de stress par parcours

Le golf, sport à la mécanique très subtile, a une spécificité et une récurrence à l’origine de son aspect psychologique si compliqué: la durée du parcours qui s’étale sur environ 4h. «Et en 4h, vous avez le temps de refaire le monde et de partir en "live" d’autant que le temps de jeu est dérisoire, 5-10mn, sur l’ensemble de ces 4h, reconnaît Isabelle Inchauspé. Au tennis, vous avez la possibilité de vous "décharger" physiquement alors qu’au golf, il faut trouver des dérivatifs pour être bien émotionnellement: parler à son caddie, marcher plus ou moins vite. C’est la singularité de ce sport».

Au terme de son annus horribilis, pendant laquelle il n’a pas remporté le moindre tournoi, une première pour lui depuis ses débuts chez les pros, Tiger Woods est, lui, vraiment parti en "live". En plus d’avoir perdu sa réputation en raison de la révélation des errements de sa vie privée, l’Américain, nerveusement bousculé de tous les côtés, a complètement égaré son jeu et laissé échapper sa légendaire confiance sans que l’on sache si c’est son jeu qui a eu raison de sa confiance ou inversement. Le voilà même confronté au défi de se reconstruire un swing et ce n’est pas une mince affaire. Le meilleur joueur du moment et peut-être de l’histoire doit remettre l’ouvrage sur le métier en se demandant, avec inquiétude, s’il retrouvera le mouvement idéal. C’est le prix à payer à la terrible exigence du golf.

En revanche, difficile de croire que Roger Federer puisse être dépossédé, presque du jour au lendemain et sur une longue période, de son coup droit et de son timing. Inimaginable de penser qu’Usain Bolt soit obligé, à l’avenir, de courir d’une autre manière pour aller aussi vite. Impensable aussi de croire que Lionel Messi perdrait en quelques mois sa vista capable de laisser ses adversaires sur place.

Retour au point zéro

Chaque champion peut connaître ses périodes de méforme, mais aucun autre sport que le golf ne tend à vous ramener aussi fréquemment à une sorte de point zéro. Quand il ne s’agit pas d’un point de non-retour.

L’histoire du golf professionnel est parsemée de ces destins brisés sur la dureté de cette discipline si exigeante où le diable se cache dans les détails. Vainqueur du British Open en 1991, l’Australien Ian Baker-Finch en est l’un des exemples les plus déprimants. Alors que sa confiance aurait dû être portée par ce triomphe dans l’un des quatre tournois du Grand Chelem, elle n’a cessé ensuite de le fuir au point que Baker-Finch donnait parfois le sentiment de ne plus savoir jouer au golf. Il frappait la balle à la perfection au practice, mais elle lui échappait complètement en compétition comme en 1995, toujours au British Open, où son premier coup du tournoi tapé donc du tee n°1 termina sa course sur le fairway du 18 sous le regard étonné du légendaire Arnold Palmer qui faisait équipe avec lui.

En 1997, un dernier British Open eut raison de lui. Le premier jour, il rendit une carte de 92, score véritablement insultant et si rare pour un professionnel. Il rentra au vestiaire, pleura un bon coup, déclara forfait pour la suite de la compétition et se retira définitivement du jeu à seulement 35 ans. «J’avais le sentiment de marcher nu sur le parcours, je croyais que l’herbe était devenue plus haute que moi», dira Baker-Finch, reconverti depuis en commentateur à la télévision américaine.

Bataille intime

L’Américain David Duval, n°1 mondial en 1999, vainqueur de 13 épreuves entre 1997 et 2001, couronné au British Open en 2001, a connu une trajectoire presque aussi descendante que celle de Ian Baker-Finch. En 2001, à seulement 30 ans, déjà nanti de ce superbe palmarès, ce rival crédible de Tiger Woods était à l’orée de ses plus belles années de golfeur ; elles se sont transformées en un trou noir et en un petit cauchemar personnel. Depuis 2001, Duval ne s’est plus imposé dans aucun tournoi et s’est pour ainsi dire enfoncé dans l’anonymat en étant obligé de sortir de qualifications pour regagner sa place dans les meilleurs tournois.

Au cours de cette période si frustrante, pendant laquelle il a sérieusement envisagé de tout laisser tomber, il a souffert à la fois de blessures physiques et morales, ces dernières étant caractérisées par de mystérieux vertiges relativement «compréhensibles», si l’on peut dire, au regard de cette très abrupte descente aux enfers. Lui aussi, comme tant d’autres, a perdu son swing dans la bataille intime que peut vous livrer le golf.

Dans ce petit musée des horreurs golfiques, il est impossible de ne pas évoquer non plus la mésaventure survenue en 2004, à Dublin, au Danois Thomas Björn qui abandonna carrément au beau milieu de sa partie. Psychiquement, il n’en pouvait tout simplement plus :

«Je voyais des problèmes partout. Le fairway semblait minuscule. Le green me paraissait aussi petit que le trou. Tout me faisait peur

Le golf, sport effrayant? Parfois, oui. Mais sport aussi généreux dans la mesure où, contrairement au tennis, vous pouvez être un parfait inconnu et remporter un tournoi du Grand Chelem, comme le Sud-Africain Louis Oosthuizen lors du dernier British Open, l’Américain Lucas Glover lors de l’US Open 2009 ou le Néo-zélandais Michael Campbell, héros de l’US Open 2005.

C’est le mystère insaisissable et agaçant du golf où les meilleurs ne sont pas forcément les meilleurs et où il est possible de jouer divinement un jour et horriblement le demain, sans raison apparente dans les deux cas. Tous les joueurs du dimanche connaissent ce drôle de vertige qui les rapproche de David Duval. C’est ce qui rend ce sport tellement attachant et tellement difficile aussi…

Yannick Cochennec



13/01/2012
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